De l’exil volontaire aux imaginaires d’habitabilité, les auteurs repensent l’architecture face à l’effondrement et à imaginent des futurs désirables.
Une maison dont le cœur est occupé par un vaste tapis qui déroulerait des livres, par analogie, selon une progression de la maison vers le monde, de la maison-refuge vers les utopies d’habitabilité.
Sélection proposée par Aline Costella
Nous vous avions laissé avec la recherche d’un coin de paradis… Nombreux sont les aventuriers, chercheurs, poètes, auteurs plus ou moins lucides de leur environnement qui choisissent l’exil volontaire pour fuir les ruines ou leurs semblables, (re)découvrir ainsi une nature fantasmée. Thoreau et Rousseau seraient les guides les plus prévisibles mais la littérature contemporaine nous propose toute une palette de récits de fuites consenties. De Lune Vuillemin (Border la bête) à Kapka Kassabova (L’écho du lac) nous ferons la part belle aux éditeurs qui ont pris volontairement et depuis longtemps la tangente (La Contre-allée, Paulsen, Gaïa, Marchialy, etc.) pour suivre des hommes-forêts, des femmes louves et des vivants non-humains.
La philosophie de Joseph Rykwert (La maison d’Adam au Paradis, Parenthèses), de Gilles Tiberghien (De la nécessité des cabanes, Bayard), ou de Joëlle Zask (De la démocratie aux champs, Les empêcheurs de tourner en rond) nous éclaireront ainsi que les anthropologues conteurs. Nous irons aussi faire un tour du côté des manières africaines d’habiter avec l’anthropologue Danouta Libersky-Bagnoud (La souveraineté de la Terre, Seuil) en partant de la notion d’inappropriable.
Désertons ! nous dit Jeanne Mermet (Les liens qui libèrent). Pour habiter autrement, nous aurons besoin pour cela des armes en matière d’urbanisme de Françoise Choay (Pour une anthropologie de l’espace, Seuil), d’Une écologie de l’attention (Yves Citton, Seuil), de Giuseppe Pennone en dialogue avec Cees Nooteboom (Dans les arbres fleurissent les pierres, Actes Sud) qui interroge la présence humaine dans le monde, de la sensibilité de Sigolène Vinson (La requine, Le butor étoilé, Le Tripode) et peut-être retrouverons la candeur nécessaire pour construire des cabanes en famille. Il faudra pour cela participer au Concours de cabanes (Camille Garoche, Little Urban), retrouver Les cabanes de Nylso (Misma) comme autant d’abris modestes et isolés recréés par de minuscules traits de rotring, ou les cabanes libres, les « abrumes » observés par deux architectes Raphaël Guillemette et Gauthier Delvert (Ulmer).
Nos autres armes seront celles de l’imaginaire avec le courant optimiste du solarpunk, L’imaginaire au pouvoir théorisé par Vincent Gerber (Le passager clandestin) et les armes des poètes avec Habiter poétiquement le monde (Poesis), celle de la BD (Bela sans monde, Simon Roussin et Le discours de la panthère, Jérémie Moreau, Editions 2042) afin de plonger dans les grands noms de la science-fiction littéraire : Ursula Le Guin, Marlen Haushofer, Emily St John Mandel, Céline Minard… Que des femmes ? Non, il nous manque les chefs-d’œuvre de Mark Danielewski, La Maison des feuilles et de Richard Adams, Watership down recréé par James Sturm et Joe Sutphin dans la bande dessinée éponyme tous trois chez Monsieur Toussaint Louverture.
Toutes ces manières de repenser notre habitabilité refermerons la trame de notre tapis mais pas celles de nos pensées, heureusement.

