La librairie du Banquet (librairie Ombres blanches) dans le cellier de l’abbaye © Idriss Bigou-Gilles
Sélection proposée par Samuel Péricaud et Nicolas Vives, librairie Ombres Blanches
La photo bien entendu ! On ne pouvait pas passer à côté d’une table sur la photographie. Que l’on considère le geste photographique comme un dispositif qui met en œuvre ce que c’est que de passer de la maison (la chambre noire, qui contient la plaque photosensible) vers la lumière du monde, ou bien qu’on le considère comme un agencement dialectique qui enferme le monde dans une boite noire avant de le révéler, il y a bien là quelque chose d’essentiel qui s’opère.
Nous aurions pu faire une table savante sur la photographie, mettre les textes de Walter Benjamin, de Roland Barthes, de John Berger, de Susan Sontag. Des livres qui mettent en avant l’importance de l’image dans nos sociétés et comment elle témoigne du monde, pourquoi elle est incontournable.
Le livre de Sontag Sur la photographie (Bourgois, réed. 2026) débute justement par des phrases lumineuses qui auraient pu être écrites ou dites à l’occasion d’un Banquet du livre :
« L’espèce humaine s’attarde obstinément dans la caverne de Platon et continue, atavisme ancestral, à faire ses délices des simples images de la vérité. Mais l’enseignement que dispensent les photographies n’est pas le même que celui des images plus artisanales du passé. Pour commencer, il y a infiniment plus d’images autour de nous, qui sollicitent notre attention. L’inventaire a débuté en 1839 et, depuis cette date, il n’est pratiquement pas une seule chose, semble-t-il, qui n’ait été photographiée. Cette boulimie même de l’œil photographique change les conditions de notre détention dans la caverne, notre monde. En nous enseignant un nouveau code visuel, les photographies modifient et élargissent notre idée de ce qui mérite d’être regardé et de ce que nous avons le droit d’observer. Elles constituent une grammaire et, ce qui est encore plus important, une éthique du regard. Enfin, le résultat le plus monumental de l’entreprise photographique est de nous donner le sentiment que le monde entier peut tenir dans notre tête, sous la forme d’une anthologie d’images. »
Mais plutôt que cette table notre choix s’est porté sur une collection qui, par son importance vient illustrer ce que nous voulions dire à propos de la photo. Une collection de référence qui n’écrit pas, mais qui décrit l’histoire de la photo.
Cette collection, c’est Photo poche. Créée en 1982 par Robert Delpire, elle a été dirigée de nombreuses années par Benoit Rivero, dont la présence habite encore les murs de l’abbaye et du festival. Elle est aujourd’hui conduite par Géraldine Lay et abritée aux éditions Actes sud.
Première collection de livres de photographie au format de poche, elle propose des ouvrages soigneusement imprimés, maniables par leur format, abordables par leur prix. En 144 pages, chaque Photo Poche traverse l’œuvre d’un grand nom de la photographie, un courant de pensée ou un sujet de société pour en restituer l’essentiel.
On retrouvera sur cette table, des photographes de l’intime comme par exemple le volume sur les photographies au saut du lit, mais aussi ceux qui ont choisi de nous montrer le monde, que ce soit l’ailleurs selon Marc Riboud ou Sebastiao Salgado, ou la ville au coin de la rue comme Helen Levitt ou Berenice Abbott.

