Léonor de Récondo, Banquet du livre d’été 2023 © Idriss Bigou-Gilles
Née dans une famille d’artistes, Léonor de Récondo se tourne très jeune vers la musique. Violoniste baroque, elle se forme à New York, fonde son ensemble, avant qu’un autre feu ne l’anime : l’écriture. Amours, Point cardinal, Le Grand Feu… elle compose des romans traversés par la mémoire, l’amour, le corps et le désir. Entre littérature, musique et poésie, Léonor de Récondo ne cesse de franchir les frontières.
Fidèle du Banquet du livre d’été, elle revient sur ses diverses expériences d’intervenante… et de spectatrice !
Propos recueillis par Maëlle Sagnes
Comment avez-vous découvert le Banquet du livre ?
LDR : J’en entendais parler depuis longtemps, je dirai 2015 à peu près. Ce qui m’était parvenu, c’était toujours la qualité des intervenants, la qualité des conversations, le fait que ce soit un festival de très haut niveau intellectuel.
J’avais été invitée à la librairie des arts de lire pour Pietra Viva (Sabine Wespieser, 2013) mais c’était en dehors du Banquet.
Puis, quelques années plus tard, en 2022, je suis revenue d’une manière assez inattendue : mon fils Hector voulait faire du bénévolat et j’ai appelé Colette Olive pour lui demander s’ils avaient besoin de jeunes bénévoles. C’est comme ça que je suis arrivée au Banquet, non pas pour y participer comme autrice, mais pour accompagner cette expérience.
Cette année-là, j’ai suivi presque toutes les conférences. J’ai découvert un lieu très fraternel, une équipe de bénévoles formidable, avec certains desquels nous sommes encore en contact aujourd’hui. J’en garde un très beau souvenir. C’est aussi le seul festival que je connaisse où des auteurs viennent simplement comme public, pour écouter les autres. Il y a là quelque chose d’unique, une véritable transmission.
Vous êtes intervenue plusieurs fois, pour des formats de rencontres différents. Pouvez-vous nous raconter en quelques mots votre histoire avec le Banquet du livre ?
LDR : Après cette première année comme simple participante, Yann Potin (membre du comité de programmation, ndlr) m’a appelée pour me proposer une grande conférence l’été suivant, autour du thème des générations.
Ensuite, je suis revenue avec Le désir du désir du désir, dans un tout autre registre, celui du spectacle. Cette année, je reviens encore autrement, pour parler de l’œuvre de Mercè Rodoreda avec Valérie Marin La Meslée.
Revenons un peu en arrière : En 2023, le comité de programmation vous propose donc une grande conférence en lien avec la thématique du Banquet : Générations, nos futurs.
Pouvez-vous nous en dire plus sur ce que représente la préparation d’une conférence pour le Banquet du livre ?
LDR : C’est très impressionnant ! En tant qu’écrivaine, je suis habituée à répondre à des questions autour de mes livres. Il n’y a pas de travail préparatoire, sinon le livre que j’ai déjà écrit.
Alors que pour une conférence d’une heure, là, il n’y a rien à improviser ! J’ai commencé à travailler dès le mois de janvier pour une conférence donnée en août.
La proposition c’était de réfléchir aux générations et à la transmission. Je me suis dit qu’il fallait que je cherche quelque chose d’intime, sans essayer de faire l’historienne ou la conférencière. Je voulais arriver par un autre biais : celui de l’émotion artistique comme vecteur de transmission.
Je suis partie de Goya et de l’histoire du traumatisme de l’exil dans ma famille. En écrivant cette conférence, j’ai découvert des choses qui ont ensuite nourri mon travail d’écriture. C’était un gros travail, mais aussi un très beau moment. J’avais assisté à presque toutes les conférences l’année précédente, je savais un peu où j’allais. Le Banquet est un endroit très fraternel, avec une écoute particulière. Ce texte, qui est un texte intime, je crois qu’il a trouvé sa place là. Je ne suis pas certaine que je l’aurais écrit ailleurs.
Une des spécificités du Banquet, c’est ça, c’est d’avoir des conférences qui ne seront peut-être jamais reproduites ailleurs parce qu’elles se prêtaient à cet endroit, à ce lieu-là.

Cette conférence a ensuite été publiée en 2025 dans la collection Les Arts de lire des éditions Verdier. Comment passe-t-on de la conférence au livre ?
LDR : On réécrit, tout simplement.
J’ai gardé la structure, mais j’ai amplifié certaines choses, j’en ai supprimé d’autres. Une conférence est écrite pour être dite. Quand on la lit, certaines formulations fonctionnent moins bien.
Quand j’ai donné cette conférence, je ne savais même pas que cette collection existerait un jour. Si je l’avais su, je ne l’aurais peut-être pas écrite de la même manière d’ailleurs. C’était intéressant de revenir sur ce texte un an plus tard, de le retravailler avec Pierre Audoux, qui est éditeur chez Verdier. C’est le même texte, mais ce n’est plus tout à fait le même.
Je trouve très beau que cette collection existe. Pour ceux qui étaient présents, le livre permet de garder la trace d’un moment. Pour ceux qui n’ont pas assisté à la conférence, c’est une autre manière d’y avoir accès.
Pour l’instant, quatre textes ont été publiés : Toutes les époques sont dégueulasses de Laure Murat ; Goya de père en fille de Léonor de Recondo, La lentille et le roman de Maylis de Kerangal ; De quoi l’histoire est-elle faite, sinon du monde ? de Pierre Singaravélou. Ce sont des textes profonds, mais ça ne veut pas dire qu’ils sont inaccessibles, au contraire. Les conférences du Banquet, c’est une histoire de travail, mais on peut travailler longtemps à dire quelque chose de simple.
En 2025, vous êtes revenue au Banquet pour la soirée sous les étoiles Le désir du désir du désir, avec Julia de Gasquet et Mélanie Traversier. C’est une expérience très différente ?
LDR : Oui, c’est très différent. Nous sortions de trois semaines de représentations à Avignon, le spectacle était parfaitement rodé. On arrive sur scène pour offrir un moment où le spectateur se laisse embarquer dans un imaginaire. Ce n’est pas le même geste que de venir écouter une conférence.
Ce qui me plaît, c’est que le Banquet propose aussi cette forme-là. Le cadre est extraordinaire, avec le mur de l’abbaye en fond, la nuit, il y a quelque chose de très théâtral dans ce lieu. Après des journées à écouter des conférences, c’est une autre manière d’entrer dans les textes. On s’assoit, on s’ouvre à ce qui vient, aux émotions, aux sensations, à une narration. Ce n’est pas le même chemin, et je trouve très bien que le Banquet puisse proposer aussi ce type de format littéraire.

Cette année, le public du Banquet vous a retrouvé pour une rencontre consacrée à Mercè Rodoreda, avec Valérie Marin La Meslée, en partenariat avec le CCCB. Est-ce important pour vous de partager d’autres voix de la littérature ?
LDR : Pour être très honnête, je ne connaissais pas Mercè Rodoreda il y a encore quelques mois. C’est Adélaïde Fabre (programmatrice pour Livre Paris, ndlr) qui m’a envoyé les livres qui venait de reparaitre dans une nouvelle traduction chez Zulma, dans la perspective d’une rencontre à Livre Paris.
J’ai reçu une véritable claque ! Je suis donc très heureuse de venir parler de cette grande autrice catalane. Et par ailleurs, je suis très contente de parler de quelqu’un d’autre que de moi.
Le Banquet réunit un public nombreux, il y a une très belle librairie, une proposition de livres extraordinaire. C’est difficile aujourd’hui de savoir quoi lire. Pouvoir contribuer à faire connaître une œuvre, un chemin d’écriture, c’est quelque chose qui me rend très heureuse. Et puis il faut se souvenir de ces grandes voix qui ont parfois été immenses avant de devenir moins visibles. Mercè Rodoreda est une figure majeure en Catalogne, tous ses textes y sont étudiés, mais elle n’était plus lue en France. J’aime l’idée de participer à cette redécouverte.
Une dernière question, cette fois pour Léonor de Récondo, la spectatrice : quelle est votre version idéale d’une semaine au Banquet du livre d’été ?
LDR : J’aime bien les rendez-vous réguliers, le côté atelier pour travailler une question dans la durée. Ça ancre la semaine. Ensuite, je fais mon choix dans les conférences. Je ne vais pas tout voir, parce que j’ai aussi envie de me baigner dans l’Orbieu !
J’aime bien qu’il y ait des lectures, des spectacles, des formats différents.
Et puis j’aime le Banquet « off » : le temps qu’on prend pour discuter avec les intervenants, le public, les équipes. Ce sont des moments très riches, qu’on ne retrouve pas souvent ailleurs.

